Camp de Miellin (Haute-Saône, près de Belfort)

Amicale des anciens réfugiés républicains espagnols au centre d'accueil de Miellin. Réunir, retrouver les anciens républicains espagnols du Camp de Miellin Village du Nord-Est de la Franche-Comté, situé en Haute-Saône

dimanche 21 mars 2010

Mona MOYA-AIME avait 10 ans. Elle se souvient

Emigrée, puis indigente

A l’âge de dix ans, lors du passage de la frontière française, début février 1939, je suis devenue une émigrée. J’ai été accueilli, quelques mois, dans une famille d’accueil française de la Haute-Saône par « Maman Marie et Papa Henry Cardot », habitant le Mont de Plancher-Bas.

Sept mois plus tard, lors de la déclaration de guerre entre l’Allemagne et la France, séparée de ma famille d’accueil française j’allai rejoindre mes concitoyens de la Haute-Saône regroupés dans le « Centre d’Accueil des réfugiés espagnols de Miellin », composé de femmes, enfants, adolescents et quelques hommes âgés. Alors, je suis devenue une indigente.

 

Pourquoi ce traumatisme survint-il dans mes jeunes années ?

L’âge de raison venu, après une analyse approfondie des évènements, je suis convaincue que la raison de la défaite de la République espagnole (qui nous obligea à fuir notre village natal catalan, sous les bombes et la mitraille des avions allemands et italiens lorsque nous marchions sur les routes obstruées par des milliers de femmes, enfants et vieillards, cherchant refuge en France) fut le Pacte de Non-intervention signé le 28 août 1936 par 27 nations européennes. Rédigé à l’initiative de la Grande-Bretagne puis, sous la pression anglaise, de la France, ce pacte dépossédait la République de son droit légitime d’acheter des armes à l’étranger pour combattre une rébellion intérieure. Il fut bafoué sans vergogne par les trois nations alliées de Franco : l’Allemagne, l’Italie et le Portugal.

C’est à partir de ce premier coup porté contre la République espagnole que notre sort fut scellé !

 

Souvenirs déplorables du Centre de Miellin

Les souvenirs déplorables que je garde du Centre d’accueil de Miellin, peuvent se résumer comme suit :

- sentiment d’emprisonnement, d’isolation totale du monde extérieur, entassés que nous étions dans une vielle usine désaffectée sise au pied des montagnes vosgiennes,

- la faim qui tenaillait nos estomacs (malgré les allocations versées directement aux responsables du Centre)

- un froid intense, en cet hiver rigoureux de 1939/1940 qui nous tenait tapis dans nos couches de paille sous de maigres couvertures,

- le manque d’hygiène, l’absence d’eau courante, de médicaments et de docteurs qui permirent à la gale d’infecter chacun de nous et amenèrent les responsables du Centre à évacuer vers l’hôpital de Lure, grand nombre de malades. L’on murmurait que des enfants étaient décédés !

SNCF_INDIGENT- l’absence de solidarité émanant soit de la Croix-Rouge ou d’Associations humanitaires (mise en part les colis de nourriture ou vêtements envoyés par ma famille d’accueil française du Mont de Plancher-Bas).

 

Les chants pour nous réchauffer le cœur

Dans le Centre, malgré notre état de misère, nous nous aidions les uns les autres, dans la mesure de nos possibilités. Elles n’étaient pas bien grandes mais tout quignon de pain était apprécié.

 

Certains soirs, pour casser la routine, voire la nostalgie des adultes, les adolescents qui avaient, comme tout espagnol, le chant dans l’âme, organisaient des soirées chantantes. Je me souviens qu’au cours d’une de ces soirées, mue par un élan incontrôlable, je me hissai sur une table et dansai au rythme de leur chant, la fameuse « copla » Maria de la O.

 

Nous quittâmes le Centre en février 1940. Pour pallier le manque de main-d’œuvre le gouvernement français libéra des Espagnols des camps de concentration.

Dès lors, ayant quitté le camp de BRAM, situé prés  de Carcassonne, mon père travaillait dans le Calvados et avait pu économiser l’argent nécessaire pour payer notre voyage.

 

Aujourd’hui

Je pense, sincèrement, que si nous sommes redevables à la France de nous avoir accueillis sur son sol en 1939, grand nombre d’entre nous se sont acquittés de cette dette en défendant son sol contre l’ennemi ou par le fruit de leur travail qui a contribué à enrichir son développement.

Nos descendants continuent, suivant nos traces, à le faire fructifier…

Témoignage de Madame AIME, né MOYA
Paris 15ème

Posté par sylvie2011 à 13:21 - Témoignages - Commentaires [0] - Permalien [#]
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