Camp de Miellin (Haute-Saône, près de Belfort)

Amicale des anciens réfugiés républicains espagnols au centre d'accueil de Miellin. Réunir, retrouver les anciens républicains espagnols du Camp de Miellin Village du Nord-Est de la Franche-Comté, situé en Haute-Saône

vendredi 21 octobre 2011

Autour d'une stèle - Impressions de Ramon Safon (interné à l'âge de 10 ans à Miellin)

C'est avec une  profonde joie et de remerciements contenus que  nous avons vécu,  dimanche 25 septembre 2011 à 11 h du matin, la cérémonie d'inauguration de la stèle consacrée aux femmes, enfants et vieillards réfugiés espagnols qui après avoir été accueillis solidairement, de janvier  à septembre 1939, par des villes,  villages et des particuliers de la Haute-Sâone, selon leurs possibilités,   furent transférés et  internés dans l'imposant bâtiment du tissage Rochet, coincé dans une des vallées de Miellin, près de Servance.

Non seulement le soleil était de la partie sur ce retrait de route où s'adosse la stèle, composée symboliquement de granit rose porrino (extrait de carrières espagnoles) et du granit gris bleu des Vosges mais une chaleur bien plus émouvante nous embrasait : la communion d'un nombre important de participants, descendants de réfugiés et habitants du pays, nous appuyant pour faire sortir de l'ombre cette mémoire humaine dont nous étions les derniers témoins. Cette reconnaissance nous allait droit au cœur. Et nous ébahissait.

Non seulement la cérémonie de la découverte de la stèle drapée du drapeau républicain espagnol et de l'hymne de Riego et de la Marseillaise chantés à tout pleine voix, furent des instants de forte émotion  mais la clarté de l'air qui  baignait la scène, l'illuminait.

Les discours prononcés, retraçant les événements de la Retirada, explicitant les graves épreuves individuelles du passage de la frontière, décrivant la misère morale et physique du camp, relatant la participation espagnole à la Résistance et ceux des officiels comprenant notre toujours  profond sentiment  de l'Espagne au cœur s,  résonnaient en plein air devant une assistance émue qui découvrait ainsi les aspects de la vie de réfugié. Aussi, lorsque le Préfet de la Haute-Sâone, Eric Freysselinard, notant en castillan et catalan les affirmations de notre dossier de presse qui indiquait que  les réfugiés espagnols étaient surtout des "desterrados", des "desterrats", c'est-à-dire des êtres arrachés de  leur propre sol, et qu'il termina par réciter le chant que composèrent les internés du camp d'Argelès : "Los tristes refugiados", nous entonnâmes à notre tour, dans un élan unanime,  la gorge serrée,  ces strophes que nous n'avions pas oubliées.

Quant aux sept survivants photographiés devant la stèle, (car d'autres enfants avec moins de chance sont restés parmi les décombres dans les villes espagnoles au cours des bombardements des  forces nazis et fascistes italiennes  sur la population, ou tués le long des routes de l'exil canardés par  les avions),  ces sept vieux-enfants traînés hors des villes, villages, quartiers, trottoirs  de leur enfance, on pourrait dire qu'ils ne sont pas uniquement que des "desterrados",  "desterrats " mais  surtout des déracinés et des rescapés d'une Guerre civile meurtrière et d'une Révolution exaltante et d'une Europe composée de dictatures et de camps de concentration - des portes de Gibraltar à l'Oural - qui leur ont produit un traumatisme indélébile.

Ramon Safon - Saint Feliu d’Avall - octobre 2011

Extrait du dossier de presse :1___DE_LA_RETIRADA_AU_CAMP_DE_MIELLIN

 


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