Camp de Miellin (Haute-Saône, près de Belfort)

Amicale des anciens réfugiés républicains espagnols au centre d'accueil de Miellin. Réunir, retrouver les anciens républicains espagnols du Camp de Miellin Village du Nord-Est de la Franche-Comté, situé en Haute-Saône

samedi 27 septembre 2014

Lure - 20 septembre 2014 - Discours de Delio Pedro Pellejero

PEDRO DELIO PELLEJERO, fils, petit-fils, neveu, cousin de républicains espagnols internés à Miellin.
Trésorier de l’Amicale de Miellin,

Mesdames, Messieurs, les élus de Franche-Comté,
Mesdames, Messieurs, les élus de Haute-Saône,Mesdames, Messieurs, les élus de Lure,

Chers amis,

Permettez-moi d’évoquer d’abord, le destin tragique d’une jeune adolescence, âgée de 13 ans internée au Camp de Miellin, décédée derrière ces murs le 15 Novembre 1939 : elle s’appelait CARMEN FERRAN.

Je vous l’avoue humblement, l’histoire de sa famille que me relata son frère Antoine, un soir au téléphone, m’a bouleversé et donné une impulsion à la mission que nous nous étions donnée : faire connaître la tragédie qui se joua là-bas à Miellin dans  ce sinistre  camp d’internement. « Carmen, Antoine, leurs parents, une famille républicaine espagnole avait réussi à fuir les hordes barbares fascistes qui avaient anéanti la République Espagnole ; à la frontière comme tant d’autres, on sépara cette famille, son papa sera interné au Camp de BRAM dans l’Aude de triste mémoire ; pour Antoine, sa maman et sa sœur, ce sera tout d'abord le village de Maizières, puis le camp de Miellin, comme six cents autres femmes et enfants.

Très vite, Carmen, victime des  conditions d’hébergement de ces jeunes enfants, tombera malade et transportée ici dans cet ancien hôpital temporaire, où elle décèdera rapidement, sans que sa maman et son frère, ne puissent faire leur deuil.

Son papa décéda lui aussi, pratiquement en même temps, au Camp de BRAM, victime de malnutrition et de mauvais traitements. Sa maman, de désespoir, décèdera quelques temps après. Antoine encore enfant, s’est retrouvé seul en France. Il y a quelques années, il est venu à Miellin, sur les traces de sa douloureuse histoire, où il put obtenir quelques témoignages, puis à Lure, à la recherche de la sépulture de sa petite sœur ; en vain, tout avait disparu ». Les recherches effectuées par l'Amicale ont permis, 74 ans après d'apprendre que Carmen avait eu des obsèques religieuses.  Un léger baume au cœur pour la famille Ferran.

De tels témoignages, de telles rencontres, stigmatisent encore plus notre envie de faire connaître ces faits historiques consécutifs à la guerre d’Espagne, ici dans la Haute-Saône.  
En Février 1939, la jeune République Espagnole s’effondre sous les coups de butoir des troupes franquistes alliées des puissances de l’Axe ; la terrible répression anti-républicaine déjà commencée, pousse vers notre frontière, des centaines de milliers d’êtres hagards et exténués par ces 3 années de guerre. La France, dans l’urgence, organisera des camps de fortune sur le littoral méditerranéen et enverra dans toutes les régions des trains de réfugiés. Dans la Haute-Saône, les trains déversent des flots de femmes et enfants, que l’on accueille dans des structures précaires (ancienne prison de Gray, écoles, bâtiments publics…) et aussi des familles qui volontiers, prennent en charge des femmes et enfants désemparés dans de nombreux villes et villages du département.

En Septembre 1939, est prise la décision de regrouper toutes ces familles dans une ancienne usine désaffectée à Miellin. Une rafle, organisée souvent à l’insu des familles d’accueil, d’élus locaux, voire de certains employeurs qui leur avaient déjà donnés du travail ; par exemple : Rosa ARRUGA, ma tante, travaillait à Gray, chez un boulanger, elle avait 14 ans. Encore aujourd’hui, malgré nos recherches, nous méconnaissons les motivations de ceux qui prirent cette décision aux conséquences aussi dramatiques.

En 2011, lors de l’inauguration de la stèle à Miellin, nous avions bien perçu le besoin et l’urgence qu’il y avait pour nous, de créer là-bas, un lieu de mémoire pour rappeler ce fait historique, sans deviner que la vie du camp où étaient internés ces 600 femmes et enfants,  allait avoir un tragique prolongement, ici à Lure, dans cette ancienne école transformée en Hôpital temporaire. A MIELLIN, les conditions d’internement y étaient des plus sommaires - d’abord l’oubli au fond de ce ravin, près de ce torrent, comme si la volonté de cacher cette détresse humaine, avait été manifeste. La promiscuité, le froid, la faim, les effroyables conditions d’hygiène, allaient très vite provoquer de nombreuses épidémies (croup, angines, bronchites, pneumononies…)  parmi ces enfants, déjà fragilisés par la perte de leur patrie et pour certains, d’êtres chers, après cette terrible épreuve que fût la RETIRADA. Les recherches entreprises et l’étude des archives, ont parlé ; nous savons maintenant, que près d’une centaine d’enfants du Camp de Miellin, transitèrent dans cet ancien hôpital ; pour certains, ce fut le dernier voyage au bout de la nuit.

Nous remercions la Ville de Lure de les avoir accueillis ici, ainsi que les équipes médicales de l’époque, pour avoir tenté de sauver l’irréparable. Pour ces enfants qui ont séjourné ici, pour leur famille qui ont perdu toute trace d’êtres si chers, il était nécessaire de graver dans la pierre ici à Lure, ici sur ce mur, l’histoire des enfants républicains espagnols du Camp de Miellin.

Alors que dans notre chère Touraine, on célèbre tous les jours les 70 ans de la libération de villes et villages de la barbarie nazie, quelques temps avant, on libéra peu à peu, les enfants du Camp de Miellin, qui partaient rejoindre un père ou un frère ayant trouvé du travail dans des fermes pour suppléer les paysans appelés sous les drapeaux pour défendre notre pays, ou dans des équipes de travail pour consolider les frontières. C’est à Lure qu’ils vécurent le bonheur de la délivrance après cette descente aux enfers. C’est à côté, à la gare, que les trains les emmenaient vers la liberté. Maman me disait : « c’est dans le train que j’ai eu mon premier petit déjeuner, je n’avais encore jamais mangé un croissant». Il a été rappelé lors de la commémoration des 70 ans de la libération de Paris, le rôle primordial que jouèrent les soldats républicains espagnols, on se devait, je crois, de rappeler les souffrances vécues par leurs familles dans les camps d’internement en France.

Cependant, ici à Lure, au loin, planaient sur ces montagnes des Vosges, les nuages noirs menaçants du fascisme, déjà combattu par ces familles républicaines dans leurs propre pays. Quelques semaines de retrouvailles familiales avant une nouvelle terrible épreuve : Juin 1940 ; mais cela est déjà une autre histoire.


Nous remercions notre secrétaire Sylvie Delys et notre  déléguée en Franche-Comté, CARMEN Gordillo, qui se sont dépensées  sans compter, pour mener à bien ce projet. Véritables chevilles ouvrières pour toutes ces démarches et qui ont abouti à la création de ce lieu de mémoire.

Nous remercions la Municipalité de Lure et ses élus, qui ont salué et accompagné notre volonté de faire connaître cet épisode de l’histoire de la ville, et de nous avoir permis de poser cette plaque sur les lieux mêmes où se déroula cette histoire tragique.

Et puis nous remercions aussi les souscripteurs qui nous ont aidé à financer ce lieu de mémoire et bien sûr, les anciens internés, leurs familles et amis qui ont tenu malgré l’éloignement, à revenir à Lure, cette petite ville de la Haute-Saône, cachée au fond de leur cœur et de leur mémoire, symbole d’un immense espoir après le naufrage que fut le Camp de MIELLIN.

VIVE LURE. VIVE LA RÉPUBLIQUE. VIVE LA FRANCE.
PEDRO DELIO PELLEJERO.

 

Le discours de Pedro a été lu par Carmen. Pedro ayant été hospitalisé la veille.

La photo de Pedro avec sa soeur Carmen a été prise le vendredi 19 septembre.

DELIO CARMEN

Posté par sylvie2011 à 12:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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